divers:un_peu_de_moi:temps [La page à Emache]

A propos du temps

Passé : Le souvenir, un plaisir en soi, ou un déplaisir bien entendu (noir-blanc, ombre-lumière...)

     Le souvenir est un mélange d'images, de sons, d'odeurs, de contacts, de ressentis, enregistrés tant bien que mal dans notre mémoire. Chacun sait que la mémoire déforme. Qui n'a jamais essayé de transmettre une histoire de bouche à oreille dans un groupe, dans une communication séparée du groupe ? La dernière version de l'histoire n'a bien souvent que peu de rapport avec l'histoire de départ, chacun n'ayant transmis, en toute bonne foi, que ce qui lui semblait important.
     Il en est de même des souvenirs, qu'ils soient agréables ou douloureux. Le souvenir est donc simplement la somme de ce que nous avons en quelque sorte “décidé” de conserver en mémoire de notre vécu de l'époque, et pas du tout de la réalité. Et même si nous prenons des notes sur le moment, elles ne sont que partielles, nous aidant peut-être dans l'immédiat à mieux cerner le passé récent parce qu'alors, il nous est possible de “combler les blancs”. Mais ces “blancs” s'estompent très vite. Il arrive même qu'à la relecture de notes, on se dise : “Pas possible, je n'ai pas vécu ça !!!”, ou “Je ne me rappelais pas ça comme ça !”
     C'est là que se place l'utilité d'un objet lié à un évènement passé. L'objet n'utilise pas de mot, il est donc moins limité que des notes, si précises soient-elles. L'objet est chargé directement de nos émotions, donc de notre vécu. L'objet est un jalon fidèle, un point de repère et de comparaison.

     Souvenir agréable, ou désagréable ? Il n'y a guère de différence en fait, si ce n'est au plan de la souffrance. Un souvenir désagréable véhicule notre manière de nous rappeler un épisode douloureux de notre vie, et dans ce cas, c'est la souffrance qui reste le plus présente. A-t-on vraiment besoin de tels souvenirs ? J'en doute, sauf peut-être en guise de mise en garde, et de clé pour le présent…
     Un souvenir agréable est à double-tranchant. Nous enregistrons ce qui nous a permis de produire des endorphines. Mais avec le recul, même si apparemment le souvenir en question est “agréable”, il est également la marque d'un instant que nous ne pourrons plus jamais vivre, la preuve de notre vieillissement, de la brièveté de notre séjour sur terre. Il peut donc également être douloureux, surtout si nous sommes incapables de “compenser” par un meilleur équilibre de notre vie au présent.

Présent : L'action immédiate, la seule "réelle"

     Nous y voici ! Nous voici au moment où peut-être des souvenirs vont se créer. Nous voici au moment où nous décidons réellement de ce nous voulons extraire de la vie. La plupart des individus accumulent, que ce soit matériel ou immatériel, le plus possible, le plus vite possible. Ils ne vivent pas dans le présent, mais en réaction désespérée à un passé qui les poursuit, ou dans l'espoir utopique de se construire un futur “grand luxe”. Et bien souvent, quand il parviennent à ce futur “grand luxe”, ils sont trop âgés ou trop épuisés, malades, pour pouvoir “en profiter”. Le présent est tout simplement le puits où il est indispensable de se désaltérer, non celui où l'on doit se noyer. Vivre le présent ne se fait ni avec des acquisitions matérielles, ni avec une surabondance de moments agréables. Ceux-ci ne peuvent de toute manière être perçus comme tels qu'à travers leur absence même. Je ne conçois pas un bonheur continu, qui me priverait de tout point de comparaison, donc du moyen d'apprécier ce bonheur.
     Le présent ne doit pas être une quête, mais une simple cueillette, et il faut s'arrêter avant que le panier ne déborde… Ressentir, c'est le maître mot de la vie. Garder son équilibre en est toutefois la condition essentielle. La notion même d'action doit être comprise comme “être actif dans le vécu de l'instant”, rejeter la passivité qui règne dans la société actuelle ( le derrière sur une chaise, devant la télé pendant des heures, sans la moindre réflexion personnelle). Ecouter avec ses yeux, goûter avec ses oreilles, caresser avec son esprit, humer avec les doigts, emplir ses poumons de la beauté d'une fleur… Lorsqu'ils sont à l'éveil, tous les sens se partagent le monde merveilleux où nous visons. La seule réalité qui nous soit donnée est celle-ci. Ouvrons notre cœur, et tout est à nous, et en nous.
     Et rappelons-nous Aristote, pour qui le bonheur est dans toute action qui est réalisée pour elle même. L'artiste n'exerce pas son art en vue d'autre chose que cet art même. Les espoirs et les échecs ne trouvent leur réponse que dans l'exercice de l'art lui même.

Futur : La projection dans l'avenir.

     Cette projection est à mettre en regard de l'action immédiate. L'avenir que nous choisissons, nous croyons que nous avons à le construire. Nous sommes intimement persuadés que, de même que si nous voulons des fleurs sur un arbuste, nous devons planter cet arbuste et attendre patiemment le temps nécessaire, il nous faut préparer cet avenir, et aussi nous y préparer, afin, quand le moment est venu, de vivre le présent que nous avons voulu. Cette remarque paraît triviale, elle l'est beaucoup moins quand nous pensons au nombre de fois dans notre vie où nous nous disons “si j'avais su”… Parce qu'en fait, nous savons. Nous savons ce que nous faisons, nous savons ce que nous avons fait, et nous croyons savoir ce que nous voulons. De quel droit osons-nous attendre un résultat qui ne correspond pas à ce que nous nous sommes préparé ? Et si nous parvenons à conserver un esprit ouvert, à laisser entrer les ressentis, alors notre “futur présent” aura toutes les chances de correspondre à nos souhaits. Il semble donc évident que le présent a une influence directe sur cet avenir. La manière dont nous déciderons de vivre notre présent nous fournira précisément les outils que nous utiliserons, que nous le voulions ou non, pour préparer notre avenir.
     Mais nous ne savons rien de l'avenir, et nous n'avons aucun pouvoir réel sur notre futur, les aléas de la vie sont primordiaux dans ce domaine. Nous pouvons tout au plus tenter de le préparer…

Dans notre vie.

     Le bon sens a sa place dans l'organisation de notre vie. Qu'il s'agisse de humer le parfum d'une rose, de s'emplir du spectacle de la nature, d'échanger avec un ami, de prendre une douche ou de prendre son petit déjeuner, seul le présent compte. C'est aussi et uniquement le présent qui compte dans la préparation de ces actes. C'est donc le présent qui doit retenir toute notre attention, afin de satisfaire le plus efficacement possible notre esprit, notre cœur et nos sens.
     Penser au passé ou au futur nous prive de la pleine conscience du moment présent. Il n'en est pas moins vrai que notre vie humaine suit un chemin semé d'embûches ou de joies, et ces embûches et ces joies laissent leurs empreintes en nous, et modèlent au jour le jour depuis notre enfance ce que nous devenons peu à peu. Il est assez facile de s'en rendre compte en se remémorant, par exemple, notre vécu des dernières années ou des derniers mois. Nos capacités de réaction à ces évènements, tant proches que lointains, bien heureusement, nous offrent la possibilité d'en moduler l'effet, et, pour peu qu'on s'y attache, de tirer profit de tout instant passé de notre vie.
     Le passé nous encombre et nous empêche de vivre, s'il devient obsessionnel, et si tout ce que nous vivons dans le présent y fait sans cesse référence. C'est le plus à craindre concernant le passé: l'obsession; et c'est ce que nous pouvons être tentés de fuir en adoptant d'autres comportements obsessionnels, supposés nous libérer du précédent. Le seul intérêt que puisse présenter la mémoire du passé est de nous fournir des clés pour ouvrir grandes les portes de notre présent. Lorsque cela est fait, il peut être jeté aux oubliettes, afin que notre esprit soit plus libre dans le vécu du moment présent. Et si le travail concernant le passé n'est pas terminé, tant pis ! On le reprendra plus tard. Il ne peut de toute manière être effectué qu'à petite dose, et doit toujours laisser la plus grande place à la vraie vie, c'est à dire au moment présent.

     Si le passé laisse des traces, souvent grandement déformées par notre mémoire sélective, le futur nous laisse dans l'expectative la plus complète. Et fait, nous n'avons aucune idée de ce que sera demain, ou même tout à l'heure. Faire des projets est utopique, s'ils ne se limitent pas à l'expression d'une simple envie de faire ci ou ça. Le cours du futur est strictement imprévisible, et notre minuscule volonté est dénuée du moindre pouvoir. Là encore, le moment présent s'avère la seule solution pour vivre, simplement vivre, en profitant de ce qui nous est donné.

divers/un_peu_de_moi/temps.txt · Dernière modification: 2018/06/12 23:35 (modification externe)